Danse Orientale

Professeurs : Lucille Durremberger (adultes) et Kenza Sihatta (enfants/ados)

Référentes de l’activité pour l’association : Odile Noiriel-Harant (adultes), Josiane Benhari (enfants-ados)

Une danse qui sollicite l’imaginaire… c’est le moins qu’on puisse dire !

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Faites l’expérience : dites que vous pratiquez la danse orientale et vous verrez les yeux du commun des mortels s’allumer… enfin… ceux de la gente masculine. Car même si les choses commencent à changer parce que la danse orientale est de plus en plus pratiquée et de mieux en mieux connue, elle relève encore pour beaucoup du fantasme. Venant de pays où la femme est traditionnellement plus ou moins voilée, la danseuse orientale légèrement vêtue est pour les Occidentaux un symbole d’érotisme. Cela se comprend : les Français qui ont découvert les danseuses égyptiennes lors de l’expédition de Bonaparte venaient d’une société pudibonde où les hommes étaient boutonnés jusqu’au col et où les femmes ne devaient pas montrer leur cheville : la semi-nudité des danseuses et leur aisance corporelle – comme celle des Vahinés tahitiennes découvertes à la fin du XVIIIème par Bougainville – leur a semblé le comble de la liberté sexuelle, ouvrant la voie à tous les fantasmes de harem popularisés par les livres et les tableaux. A l’époque romantique, l’Orient est la mode : en témoignent Les Orientales de Victor Hugo, le Voyage en Orient de Gérard de Nerval, ou celui de Flaubert, les tableaux de Delacroix et autre Bain turc d’Ingres. Ajoutons que le costume deux pièces, brodé de perles et de sequins que tout le monde connaît est un héritage…occidental ! En effet, à de l’époque du protectorat, les chorégraphes occidentaux avaient suggéré aux danseuses qui portaient des guelabias, de rendre leur danse plus sensuelle en transformant leur tenue en costume 2 pièces. Deux siècles après Hugo et Flaubert, pour beaucoup, cette danse se réduit encore à une « danse du ventre » aphrodisiaque avec toute la trivialité que suppose cette dénomination. Bref, là où les femmes voient expression des états d’âme féminins, sensualité et virtuosité, les hommes souvent imaginent lascivité. C’est une vision très réductrice, laissant de côté par exemple le fait que la danse orientale est aussi pratiquée par les hommes qui comptent beaucoup de grands professeurs.

Ainsi Ibrahim Akef, le plus fameux chorégraphe de l’âge d’or du cinéma égyptien des années 40-50, a formé de nombreuses danseuses célèbres parmi lesquelles Naima Akef, Samiya Gamel et Tahia Karioca. Quant à Mahmoud Reda, 80 ans aujourd’hui, danseur soliste, chorégraphe et metteur en scène, il a révolutionné la danse orientale depuis une quarantaine d’années et a contribué à intégrer les danses orientales dans le cinéma et le théâtre. Il a eu l’idée de fusionner le folklore et les danses populaires en les structurant à travers des chorégraphies artistiques, créant ainsi un répertoire chorégraphique qui a fait le tour du monde sur les scènes les plus prestigieuses. C’est aussi grâce à lui que la télévision égyptienne diffuse des fawasires, l’équivalent des comédies musicales dédiées aux danses orientales. Il a surtout développé des méthodes d’enseignement de la danse, empruntées aux méthodes d’enseignement occidentales plus efficaces que la méthode traditionnelle de transmission par l’imitation, et a formé une grande partie des professeurs internationaux. De fait, les meilleures écoles se trouvent actuellement en Occident où les spectacles sur scène se multiplient et sont toujours appréciés : solos ou danses collectives, ils séduisent par leurs couleurs et leur variété.

 

« – Ah ! Non ! C’est un peu court, jeune homme !

On pourrait dire, Oh ! Dieu !… bien des choses en somme » (Cyrano de Bergerac Rostand)

Parler de danse orientale au singulier est abusif : les formes de danses sont nombreuses, utilisant des gestuelles et des tenues, des rythmes et des mélodies diverses.

 

fête 2015 25 danse du Yémen

De fait l’origine de la danse orientale, pratiquée au Moyen-Orient et dans les pays du Maghreb, est plurielle. Des influences venant d’Inde par l’intermédiaire des danseuses tziganes ont croisé les rituels des danseuses sacrées de l’Egypte pharaonique, notamment des rites de fertilité, ainsi que les danses campagnardes inspirées des travaux quotidiens locaux comme la danse des pécheurs que nous avons présentée en 2014 ou les percussions africaines des danses nubiennes. Les danseuses reprennent aussi en les féminisant les danses masculines : ainsi les danses guerrières jouant des bâtons deviennent dans le répertoire féminin des danses de cannes.

 

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La musique, en perpétuelle évolution, intègre des influences occidentales (cf en 2013 notre danse de pop-égyptien ) et la danse suit, tout en continuant à respecter des rythmes de base et le principe des isolations, autrement dit une gestuelle fondée sur des mouvements isolés de certaines parties du corps.

Les danseuses égyptiennes pratiquent un style aérien, le sharqi – danse sur demi-pointes aux mouvements amples, déliés et fluides, pratiquée dans le costume deux pièces, brodé de perles et de sequins -,

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et un style plus terrien, le baladi – danse pratiquée pieds à plat avec des mouvements plus près du corps et une tunique longue portée sur pantalon et ceinturée sur les hanches -.

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S’ajoute à ces deux grands courants celui du chaâbi issu des danses folkloriques locales et donc extrêmement varié.

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Outre les cannes, les danseuses peuvent aussi utiliser de multiples accessoires : foulards, voile unique, double (voire plus), longue écharpe – la mélaya-, grands voiles plissés montés sur bâton dits ailes d’Isis, sagates (sortes de castagnettes) et tambourins, sabres et bâtons, et même… candélabres !

fête 2015 31      IMG_9992x   IMG_3346_1  voiles

                                                                     IMG_0063x mélayas  

DSCN0699x  voiles d’Isis IMG_0018x

 

IMG_0100x doubles cannes et sabres   IMG_3596_1  candélabres

Aux marges, on croise aussi les danses indiennes bollywood, les danses arabo-andalouses (spectacle de juin 2014 ci-dessous) qui entrent avec la danse orientale dans un jeu d’influences réciproques.

fête 2015 14 danse arabo-andalouse avec tambourins

C’est ainsi qu’en variant chaque année danses et styles, nos professeurs de danse nous initient à un voyage en Orient, toujours renouvelé et surtout loin des clichés !

Odile Noiriel-Harant